DROGUE – Le Cambodge est une plateforme grandissante pour le trafic.

Le 28 mai, Charlène Savarino, 19 ans, a écopé d’une peine de 25 ans de prison pour avoir participé au passage raté de 2,2 kilos d’héroïne vers l’Australie. Son petit ami, Precious Cheme Nwoko, donné à la tête du trafic, a été condamné à 27 ans de prison. La passeuse, Yoshe Ann Taylor, une australienne de 41 ans, à 23 ans. Pour les spécialistes, c’est une preuve que le Cambodge occupe une place grandissante sur la scène du trafic de drogue international.

drogueLa cour municipale de Phnom Penh a condamné les deux femmes pour « trafic transfrontalier de drogues illégales ». Lors d’une conférence de presse organisée suite au verdict, le Général Hay Seila, de la police cambodgienne, a déclaré que « la Française et le Nigérian ont organisé et empaqueté la drogue à Phnom Penh pour que l’Australienne puisse la transporter en Australie ». Selon le Numéro 2 du département de l’anti-terrorisme, la police australienne a donné le renseignement à la police cambodgienne sur l’opération qui se préparait, menant à l’arrestation des deux femmes le 18 septembre dernier.

Le Cambodge ne produit pas d’héroïne mais reste l’un des pays les plus usités de la région du Mékong pour son transit. Pour Jeremy Douglas, représentant du bureau des Nations-Unis sur la drogue et le crime (UNODC) pour l’Asie du Sud Est, le problème majeur du Cambodge réside en la vulnérabilité de ses frontières, qui permettent très bien ce genre de trafic – notamment en passant par le Laos – contribuant à faire du pays une plateforme grandissante pour le trafic de drogue. “Comme le Cambodge est de plus en plus connecté à l’international, cela permet beaucoup plus de transit depuis et vers le pays. L’Australie est également un marché porteur car c’est un pays riche et l’héroïne venant de Birmanie est de bien meilleure qualité qu’ailleurs”, explique-t-il.

Cependant, la majorité de l’héroïne produite dans la région est consommée dans la région. Selon Jeremy Douglas, l’héroïne est généralement produite en Birmanie pour être consommée en Chine et l’on “exagère un peu” sur l’importance  des Africains de l’ouest dans le trafic. Selon les données de l’Autorité Nationale de la Lutte Anti-Drogue (NACD), plus  de 1800 personnes ont été arrêtées au Cambodge pour trafic de drogue en 2013. La majorité d’entre eux sont Cambodgiens et sont liés de près ou de loin au trafic de metamphétamine, produite au Cambodge et exportée dans la région pour la plupart. Selon le secrétaire de la NACD, les autorités cambodgiennes ont confisqué près de 50 kilos de methamphetamine, 38 kilos d’héroine, 12,8 kilos de cocaine et 1 kilo de ketamine en 2013.

Devant cette augmentation du trafic, une loi spécifique au contrôle de la drogue a été adoptée en janvier 2012 au Cambodge, dont le but est de réduire la toxicomanie et les crimes liés à la drogue. Les trafiquants peuvent être condamnés à perpétuité – c’est aussi ce que risquaient Charlène Savarino, Yoshe Ann Taylor et Precious Cheme Nwoko.

En France, le code pénal prévoit dix ans d’emprisonnement pour l’exportation et/ou l’importation illicite de stupéfiants et une amende de 7 500 000 euros. Cette peine peut être portée à 30 ans si les faits sont commis en bande organisée. En Australie, les peines encourues vont de 10 ans à la prison à perpétuité selon la quantité importée sur le territoire.

L’avocat de Precious Cheme Nwoko a fait part de l’intention de son client de faire appel. La loi prévoit un délai d’un mois disponible pour ce faire. Le consulat australien a renouvelé son soutien à sa ressortissante. Le consulat français n’a pas souhaité s’exprimer sur le cas de Charlène Savarino.