Inquiétudes pour la sécurité du CNRP ?

Le 8 juin 2014, Sam Rainsy et Kem Sokha étaient attendus dans le district d’Along Veng de la province d’Oddar Meanchey. Ils ont toutefois décidé de couper court à leur visite de deux jours pour des raisons de sécurité.

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Le rassemblement d’Along Veng était prévu dans la cour de la maison de Nhem En, ancien photographe officiel de Pol Pot. Ce dernier est l’un des trois derniers survivants de S21, nommé chef du district d’Along Veng pour le CPP au début des années 2000. Pourtant, le 18 mai dernier, Nhem En a décidé de rejoindre les rangs du CNRP. « Cela a provoqué la colère des dirigeants du CPP à Along Veng », a déclaré Hong Sok Hour, sénateur du Parti Sam Rainsy[1]. Le 7 juin, Nhem En a été expulsé de sa maison par des civils, qui ont par ailleurs saccagé le lieu du rassemblement. Tables, chaises, pancartes, photos… tout a été mis à sac. Nhem En, deux autres militants du CNRP et l’un des sénateurs du Parti Sam Rainsy présents sur les lieux pour aider aux préparatifs se sont rendus au commissariat – en face de la maison  – pour déposer plainte après que le groupe de civils ait mis un cadenas à la porte de la maison de Nhem En.

Hong Sok Hour confirme qu’il s’agit d’une première, ce qui pose des questions quant à la sécurité des militants et des dirigeants du CNRP pour les rassemblements futurs. « On se demande comment on peut en arriver là. Même moi, en tant que Sénateur du Royaume, je n’ai pas pu entrer dans le commissariat. Une personne en civil m’a dit que ma carte de Sénateur n’avait aucune valeur. C’est une violation flagrante de la libre circulation d’un citoyen – et encore plus, d’un sénateur qui bénéficie de l’immunité diplomatique »,  a-t-il dit au Petit Journal. Et d’ajouter : « Ce groupe de civils étaient incontrôlables ».

Remise en cause des négociations ?

Depuis les résultats controversés des élections parlementaires le 28 juillet 2013, le CPP et le CNRP ont engagé des pourparlers afin de s’accorder sur les réformes à apporter. En Avril 2014, les deux partis ont conclu un accord de principe pour réorganiser des élections anticipées (voir notre article). « Ce contexte peut remettre en cause ces négociations »,  explique le sénateur du Parti Sam Rainsy. « Nous ne voulons pas négocier sous pression et nous avons raison d’être prudents à l’avenir si le CNRP visite d’autres provinces » confie-t-il.

Avant chaque rassemblement, les autorités locales, le chef de la gendarmerie, de la police et du district sont prévenus lors d’une réunion pour expliquer le déroulement du rassemblement afin  d’assurer la sécurité des personnes présentes. Cette réunion a eu lieu à Along Veng le 7 juin.

Tôt le lendemain matin, un convoi de quatre voitures a été intercepté par la gendarmerie à 15 kilomètres d’Along Veng. Huit parlementaires se sont vu confisquer leurs téléphones et tablettes électroniques – qu’ils n’ont pas récupéré à ce jour. L’une des plaques d’immatriculation de l’Assemblée nationale a également été démontée par l’un des gendarmes. « Vue la situation, Sam Rainsy et Kem Sokha n’ont pas voulu se confronter à ces barrages et ont préféré annuler la rencontre prévue », explique Hong Sok Hour.

« A l’avenir, nous souhaitons négocier avec le Ministre de l’Intérieur pour avoir de meilleures garanties de sécurité », conclue Hong Sok Hour. Pour lui, les Accords de Paris « sont morts ».  Adoptés en 1991, ces derniers prévoient notamment d’« assurer le respect effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Cambodge », dont le droit de réunion pacifique fait partie.


[1]Le CNRP n’a pas de sénateur car les dernières élections ont eu lieu le 29 janvier 2012. Le Parti Sam Rainsy en a onze.