La vente de virginité, les dessous d’un terrible trafic en plein essor

La vente de virginité, les dessous d'un terrible trafic en plein essor
La vente de virginité, les dessous d’un terrible trafic en plein essor

Ils sont riches et surtout de plus en plus nombreux et viennent même des pays voisins pour trouver au Cambodge des jeunes filles à déflorer, moyennant une contre-partie financière versée à leur famille dans le besoin.

Les mythes véhiculés autour de la virginité sont nombreux et tous plus absurdes, voire horribles, les uns que les autres. Selon certaines croyances, avoir un rapport sexuel avec une demoiselle innocente guérirait même du SIDA. Une autre voudrait que ce même acte assure une jeunesse éternelle et donne des pouvoirs quasi-magiques à l’homme. C’est à cause de cette dernière et d’un fantasme persistant autour de la virginité que de plus en plus de jeunes filles cambodgiennes se retrouvent “vendues” par leur propre famille à un parfait inconnu pour quelques nuits. La pratique n’est malheureusement pas nouvelle mais tend à se développer dans le pays où de riches hommes venant des quatre coins du pays mais aussi de Thaïlande ou de Chine profitent de leur séjour pour avoir recours à cette prétendue recette miracle et détruire la vie de son ingrédient principal.
​Il y a deux jours, le journal britannique The Guardian publiait sur son site un reportage à ce sujet et dans lequel on découvrait notamment le témoignage de Vannith Uy qui, dans l’espoir de recevoir de quoi ouvrir le salon de beauté de ses rêves dans lequel elle et sa fille de 18 ans pourraient travailler ensemble, avait vendu la virginité de sa fille Chamnan à un riche homme de la région (un chef de police). Contre environ 1 100€, cette dernière a dû s’offrir à lui pendant 6 jours et 6 nuits dans un hôtel où elle était enfermée et depuis lequel elle ne pouvait appeler sa mère qu’une fois par jour. Au bout de trois jours, la jeune fille était tellement épuisée et dans un tel état de détresse que son tortionnaire a demandé à un médecin de lui prescrire des vitamines et des anti-douleurs pour qu’elle puisse tenir jusqu’à la fin de la période convenue.

Sous silence

D’après Chhiv Kek Pung, président de l’organisation de défense des droits de l’Homme Licadho, des milliers de jeunes vierges âgées de 13 à 18 ans seraient ainsi vendues chaque année par leurs proches. Mais contrairement au tourisme sexuel et pédophile qui caractérise cette région du globe, l’âge de la fille n’est pas important, seule compte sa beauté. Toutefois, donner des chiffres précis autour de ce trafic tabou au Cambodge s’avère très compliqué pour les ONG puisqu’il implique la famille, un facteur qui dissuade les victimes de se déclarer mais ne fait également pas rentrer cette pratique dans les catégories du trafic sexuel ou de l’esclavage.

Un souci d’empathie

Et si la combattre est aussi difficile pour les rares associations qui s’en soucient, c’est parce qu’elle provoque une réaction très mitigée chez les donateurs potentiels. Outrés par ce que subissent ces jeunes filles dont on abuse, ils sont également indignés par le fait que c’est à cause de leurs parents qu’elles ont vécu l’enfer. “Quand vous en parlez aux gens, explique Chhiv Kek Pung au Guardian, ils se disent surtout qu’il existe plein de personnes pauvres dans le monde qui ne vendent pas leurs filles pour autant et qu’on ne peut pas mettre cette pratique sur le compte de la pauvreté et du désespoir. Mais il faut tenir compte de beaucoup d’autres facteurs.
​ Parmi eux, la journaliste à l’origine de l’article cite notamment la prostitution qui représente malheureusement une des rares alternatives aux champs ou aux usines pour de nombreuses jeunes filles. Car si les opportunités de travail manquent pour bon nombre de Cambodgiens, elles font particulièrement défaut aux femmes qui ne gagnent que quelques centimes par jour quand les hommes peuvent percevoir plusieurs dollars. En vendant ainsi leur virginité, leurs parents espèrent ironiquement les écarter du chemin de la prostitution en obtenant des moyens pour subvenir à leurs besoins.
Par ailleurs, comme le fait remarquer Nget Thy, du centre de protection des droits de l’enfant, il est encore profondément ancré dans les mentalités que les enfants existent pour servir leurs parents et que les femmes existent pour servir les hommes, un rapport que ces jeunes filles ont acquis dès leur plus jeune âge et les pousse à se plier à cette pratique sans résister une fois leur précieuse virginité négociée. Le fait que cette pratique soit taboue et qu’elle implique surtout des hommes riches et influents, parfois même des politiciens retarde davantage une quelconque législation pouvant punir ces violeurs acheteurs de pureté. Et pourtant, ce sont eux les criminels.
aufeminin.com