“Sweatshop”: dans la peau d’ouvriers du textile au Cambodge.

video dans la peau d ouvriers du textile au cambodge

“Combien de personnes vont mourir ici chaque année?” C’est la question que se pose Anniken Jorgensen, les yeux pleins de larmes, face caméra. La blogueuse mode a été suivie pendant un mois pour le web-documentaire Sweatshop – Dead Cheap Fashion, diffusé sur le site du quotidien norvégien Aftenposten en avril dernier. Accompagnée de deux autres accros du shopping, Frida Ottesen et Ludvig Hambro, la Norvégienne de 18 ans est partie en immersion dans une usine textile du boulevard Veng Sreng à Phnom Penh, au Cambodge. Leur but? Voir de leurs propres yeux les difficiles conditions de travail des ouvriers fabriquant les vêtements de grandes enseignes de prêt-à-porter telles que H&M, Mango ou leur marque préférée Gina Tricot.

“J’ai honte”

Un choc pour ces trois étudiants occidentaux qui étaient loin d’imaginer les camions bondés de travailleurs, la chaleur des ateliers de confection, le bruit incessant des machines à coudre, l’absence de confort des bidonvilles ou le salaire trop bas pour acheter suffisamment à manger. “Cette nuit, j’ai dormi dans cette maison minuscule. Ma salle de bain est plus grande que ça!”, raconte Anniken sur son compte Instagram suivi par 140.000 personnes, pendant le tournage, en janvier 2014. “Le réveil a sonné à 5h30. Nous nous sommes levés avec un énorme mal de dos pour aller travailler. J’ai cousu des habits pendant 8 heures. J’ai gagné quatre dollars. Nous sommes des enfants gâtés. J’ai honte.”

En mai, juste après la diffusion, Frida a aussi partagé un post sur son compte Instagram, suivi par environ 1700 personnes. On y voit une jeune femme d’origine asiatique tenir une pancarte “J’ai fabriqué ça pour 60 centimes”. A côté, Frida, habillée de la même robe jaune, tient un panneau “J’ai acheté ça 50 dollars”. Et d’avouer dans la légende accompagnant son montage liké par plus de 300 followers: “Quand la réalité vous frappe au visage.”

Une prise de conscience voulue par le producteur, Pal Johan Karlsen, journaliste à l’Aftenposten, qui a laissé les cinq épisodes de Sweatshop en visionnage gratuit, avec sous-titres en anglais, sur le site du journal. “Nous voulions faire réfléchir les jeunes Norvégiens sur la provenance de leurs vêtements”, explique le réalisateur Joakim Kleven au Elle belge, avant d’ajouter: “J’espère que les travailleurs recevront le salaire qu’ils méritent. Les grandes chaînes doivent prendre leurs responsabilités.”

Et après?

Quelques détails laissent tout de même planer le doute sur la durée de leur engagement. Avant de rentrer en Norvège, Anniken et Frida se sont en effet changé les idées en faisant du tourisme. Bronzage au bord de la piscine, dégustation de canne à sucre au marché… Ce qui ressemble fort à de banals clichés de vacances est toujours visible sur Instagram, à côté des photos engagées.

En octobre 2014, elles posaient tout sourire sur un selfie -sans leur acolyte masculin- annonçant qu’elles allaient “rencontrer les dirigeants de H&M” pour “demander des réponses”, que “ça allait être difficile”, mais qu’elles avaient “des preuves”. Depuis, plus rien. Sur le blog d’Annika Jorgensen, entre tutos beauté et sélections shopping, il n’est fait aucune mention des éventuelles retombées de l’action menée auprès du géant suédois.