Cambodge. Bientôt la fin de la démocratie ?

Le Premier ministre du Cambodge, Hun Sen, à Phnom Penh, le 20 février 2017. PHOTO REUTERS / Samrang Pring

Un texte adopté par le parti au pouvoir autorise le gouvernement du Premier ministre Hun Sen et les juges à dissoudre les formations politiques. Une loi qui ébranle sévèrement l’équilibre démocratique né des accords de Paris de 1991.

“Coup fatal pour la démocratie”. C’est par ces mots dans le titre que le Cambodia Daily annonce l’adoption, le 20 février, des amendements à la loi sur les partis politiques permettant au gouvernement cambodgien de “suspendre et de dissoudre des formations politiques rivales.”

Une fois signée par le roi, cette loi permettra à la Cour Suprême de dissoudre les partis politiques suivant une liste de délits “vaguement définis”, selon le quotidien. Ainsi, le texte parle d’“incitation à la désintégration nationale” et de “subversion de la démocratie libérale multi partite.”

Vers un système à parti unique

“Le Premier ministre Hun Sen qui dirige le pays depuis plus de trois décennies, a dit clairement que ces changements visaient” le Parti de sauvetage national du Cambodge (PSNC), rappelle le quotidien. Le PSNC est le principal parti d’opposition. Il a “failli faire perdre” le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen aux élections de 2013, et continue de “poser la plus grande menace depuis 1998” sur la domination électorale du PPC.

Pour la députée de l’opposition PSNC, Mu Sochua, citée par le quotidien, ce texte est “inconstitutionnel, et viole les droits des citoyens.”

La démocratie dans son ensemble est attaquée”

Une position reprise par Charles Santiago, un député malaisien et représentant des parlementaires de l’Asean pour les droits de l’Homme qui indique que ce texte “pourrait transformer le pays, en un système à parti unique.” À ses yeux, le texte affaiblit considérablement la légitimité des prochaines élections. Un scrutin communal est prévu en juin, et des élections législatives doivent avoir lieu en 2018.

Ces amendements “trahissent tous les espoirs nés des accords de Paris de 1991 [qui mettaient un terme à deux décennies de guerre] d’une démocratie avec des élections libres et plusieurs partis politiques”, estime enfin le représentant de Human Rights Watch, Phil Robertson.